Pallade Veneta - En Asie centrale, l'essor d'une chirurgie esthétique incontrôlée et dangereuse

En Asie centrale, l'essor d'une chirurgie esthétique incontrôlée et dangereuse


En Asie centrale, l'essor d'une chirurgie esthétique incontrôlée et dangereuse
En Asie centrale, l'essor d'une chirurgie esthétique incontrôlée et dangereuse / Photo: Vyacheslav OSELEDKO - AFP

Après deux grossesses, Diana Tergenbaïeva rêvait de raffermir sa poitrine. Mais elle est sortie de l'opération avec un œdème et une plaie ouverte, un cas symptomatique en Asie centrale, où l'engouement pour la chirurgie esthétique entraîne une multiplication d'interventions ratées, voire mortelles.

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"J'ai fait un œdème de Quincke avec les médicaments qu'on m'a donnés. Je n'arrivais pas à ouvrir les yeux, ma saturation en oxygène et ma tension avaient chuté", raconte cette quadragénaire à Bichkek, la capitale du Kirghizstan.

Sur les photos qu'elle montre à l'AFP, Mme Tergenbaïeva est méconnaissable, avec un visage enflé et une balafre sous le sein, où "les points de suture ont lâché" trois fois, laissant une "plaie ouverte".

Son chirurgien, arrêté en septembre dernier pour contrebande de médicaments importés illégalement et après les plaintes d'une quarantaine de patientes, a été relâché. L'affaire a été classée et il continue d'exercer. Sollicité par l'AFP, il n'a pas répondu.

"Il aurait dû être emprisonné", dit Mme Tergenbaïeva, alors que de nombreux litiges sont réglés à l'amiable avec les patientes.

"Il se présente comme le meilleur chirurgien du Kirghizstan, mais c'est juste une sorte de +boucher+ du Kirghizstan", déplore-t-elle.

- "Véritable arnaque" -

Le cas de Mme Tergenbaïeva, "attirée par les belles photos sur Instagram" d'opérations réussies, est loin d'être isolé.

Même si les chiffres restent fragmentaires, la médiatisation d'interventions ratées, dont certaines mortelles, se multiplie au Kazakhstan, au Kirghizstan, au Tadjikistan et en Ouzbékistan, libérant la parole des femmes.

La dernière victime en date, une blogueuse kazakhe au million d'abonnés sur Instagram, est morte après une liposuccion mi-mai.

Ces tragédies sont causées par l'absence de réglementation étatique du secteur, l'utilisation de médicaments périmés et la multiplication du nombre de spécialistes autoproclamés, non diplômés et travaillant illégalement, des maux reconnus par les autorités centrasiatiques.

Au Kirghizstan, le ministère de la Santé a confié à l'AFP que la situation était "particulièrement préoccupante à Bichkek et Och (la deuxième ville du pays), où plus de 1.300 entreprises exercent illégalement leur activité" médicale ou pharmaceutique.

Car de nombreux salons de beauté proposent des opérations invasives sans autorisation.

"Beaucoup d'esthéticiennes ont souvent les mains un peu trop libres. Elles pensent avoir appris et, sans être chirurgiennes, pratiquent parfois des actes chirurgicaux", explique à l'AFP Iskender Katchkinbaïev, un chirurgien plastique.

"Toute intervention médicale doit se dérouler dans un cadre médical, en aucun cas dans un bureau", rappelle ce professionnel kirghiz expérimenté.

Le Kirghizstan a commencé à mener des inspections, qui ont déjà conduit à des amendes et à la fermeture de certains locaux qui offraient des procédures invasives sans avoir les permis adéquats ou en utilisant des produits périmés.

Mais ces interventions ont une efficacité inégale.

Sur Instagram ou Tiktok, des influenceuses aux centaines de milliers d'abonnés vantent des cliniques privées ou des salons de beauté à la réputation douteuse.

"Grâce aux nouvelles technologies, on peut enregistrer une courte vidéo" et "on aura dix patientes pour des consultations demain", dit le chirurgien Katchkinbaïev, pour qui "les réseaux sociaux peuvent parfois être une véritable arnaque".

- "Y réfléchir à deux fois" -

Jasmine Karipaeva, une habitante de 27 ans d'Almaty, dans le sud du Kazakhstan, s'est décidée à réaliser une blépharoplastie pour corriger ses paupières après être "tombée sur une vidéo sur TikTok", attirée par des prix bas et un travail qui lui semblait bien fait.

"Il y a une quête des normes européennes. On a l'impression que si l'on se fait des yeux aux paupières ouvertes, ils paraîtront beaux et naturels", dit-elle à l'AFP pour expliquer son opération.

Mais elle exprime immédiatement des regrets: "une paupière est tombante, l'autre reste ouverte. Le médecin s'est rendu compte qu'il avait trop incisé un œil".

"Personne ne peut me rendre mon apparence d'origine car on m'a enlevé beaucoup de graisse et de peau", dit la jeune femme, qui a renoncé à toute action judiciaire.

Un scénario catastrophe qu'a connu l'infirmière kirghize Oksana Tikhaïa, 48 ans, qui souhaitait rehausser une paupière après un léger AVC.

A l'issue de l'opération, l'"ouverture des yeux s'était tellement réduite que je ne pouvais même pas y glisser mon petit doigt".

"Ça fait un an et demi, mais j'ai toujours l'œil qui tire et j'ai constamment envie de forcer pour l'ouvrir", raconte-t-elle à l'AFP.

La quadragénaire "regrette de ne pas avoir consulté les avis et de s'être précipitée chez ce chirurgien".

Diana Tergenbaïeva, qui tente d'obtenir justice après son opération à la poitrine, estime que "les femmes devraient y réfléchir à deux fois avant de succomber au charme de toutes ces beautés d'Instagram et de passer sur le billard".

R.Zaccone--PV

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