Pallade Veneta - Le marché en plein essor des peptides sous la loupe d'experts aux Etats-Unis

Le marché en plein essor des peptides sous la loupe d'experts aux Etats-Unis


Le marché en plein essor des peptides sous la loupe d'experts aux Etats-Unis
Le marché en plein essor des peptides sous la loupe d'experts aux Etats-Unis / Photo: Dean Mouhtaropoulos - GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives

A écouter influenceurs et célébrités, les peptides peuvent accomplir monts et merveilles: rendre la peau plus lumineuse, le sommeil plus profond, les muscles plus forts ou encore l'esprit plus vif.

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Des promesses alléchantes sur lesquelles se penchera jeudi et vendredi un comité consultatif pour l'Agence américaine du médicament (FDA).

Ces experts seront chargés d'examiner si sept peptides, des substances chimiques suscitant un intérêt grandissant, peuvent être autorisés à être fabriqués par des pharmacies ou des établissements spécialisés aux Etats-Unis.

Pour de nombreux spécialistes, une telle autorisation serait grandement prématurée.

"De notre point de vue, il n'y a tout simplement pas assez de données cliniques pour déterminer si ces peptides sont sûrs et efficaces", explique auprès de l'AFP Alexander Weber, chef du service de médecine du sport à l'Université de Californie du Sud.

Mais pour autant, "les peptides reviennent absolument tous les jours dans mes conversations avec les patients", confie-t-il.

Les sept produits à l'étude (BPC-157, Emideltide, Epitalon, KPV, MOTS-c, semax et TB-500) figurent parmi les substances dont la préparation en pharmacie avait été restreinte sous la dernière présidence en raison d'un manque de données issues d'essais cliniques chez l'humain.

Une restriction qui n'a toutefois pas empêché les Américains de s'en procurer sur internet via des fournisseurs de produits chimiques pour "usage en laboratoire".

Pour des acteurs du secteur, influenceurs bien-être ou encore le ministre de la Santé de Trump Robert Kennedy Jr, ces restrictions ont favorisé l'émergence de marchés parallèles échappant à tout contrôle ou standard de qualité.

"Une grande partie" des peptides ainsi vendus et analysés par les autorités sont "tout simplement de très mauvaise qualité", expliquait-il plus tôt cette année au micro du podcasteur conservateur Joe Rogan.

- "Pas confiance" -

L'influence du ministre, qui a lui-même recouru à des peptides pour traiter des blessures, inquiète plusieurs experts, qui l'accusent d'avoir notamment placé dans le comité des personnes ayant des liens étroits avec cette industrie.

"En temps normal, je dirais que ces produits sont condamnés, mais compte tenu de la composition du comité (...) je n'ai absolument pas confiance", confie auprès de l'AFP Peter Lurie, ancien responsable de la FDA aujourd'hui à la tête de l'ONG CSPI.

Les peptides sont de petites chaînes d'acides aminés, les "briques" utilisées pour fabriquer les protéines de notre corps. Naturellement présents dans notre organisme, ils agissent comme de minuscules messagers et régulent des processus physiologiques majeurs comme la réparation des tissus.

L'insuline est par exemple un peptide, tout comme certains traitements anti-obésité phares tels qu'Ozempic, qui imitent une hormone gastro-intestinale.

Si ces médicaments dits GLP-1 ont été rigoureusement testés, ce n'est pas le cas des peptides synthétiques vantés sur les réseaux sociaux, selon des experts.

Ces produits administrés sous forme d'injection, de comprimé ou encore de crème, n'ont pas été soumis aux essais cliniques de grande ampleur exigés par la FDA pour établir l'innocuité et l'efficacité d'un médicament.

Selon les propres scientifiques de l'agence, les preuves restent à ce jour insuffisantes pour justifier un assouplissement des restrictions.

Une conclusion qui rejoint celle partagée en mai par les organisations spécialisées ECRI et ISMP dans un livre blanc.

- "Absence de données cliniques" -

"Le marché commercial a connu une croissance plus rapide que l'accumulation de preuves cliniques" et "l'absence de données cliniques adéquates concernant leur utilisation chez l'humain constitue une préoccupation alarmante", écrivaient-elles alors.

Depuis, "il n'y a eu aucune nouvelle information qui nous permettrait d'approuver sans réserve l'ajout de ces composés à la liste" des substances pouvant être préparées en pharmacie, dit à l'AFP Rita Jew, présidente de l'ISMP.

Ed Lee, endocrinologue ayant cofondé la Clinical Peptides Society, se dit lui optimiste d'obtenir un assouplissement des restrictions, notamment sur le BPC-157, un peptide vanté comme capable de réparer les tissus, notamment musculaires et ligamenteux.

Face à l'engouement du public, les législateurs fédéraux n'auraient pas le choix, veut-il croire. "Je ne vois pas comment ils pourraient revenir en arrière maintenant", dit-il.

Un argument rejeté par Alexander Weber tout comme Peter Lurie. Si des retours positifs existent, ils ne peuvent suffire à soutenir une telle décision, estiment-ils.

D'autant que ces témoignages sont biaisés de fait, selon M. Weber. "Quand on paie pour quelque chose, on a envie que cela fonctionne", pointe le chirurgien.

L.Guglielmino--PV

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