Pallade Veneta - À Lyon, la vieillesse à l'épreuve des canicules

À Lyon, la vieillesse à l'épreuve des canicules


À Lyon, la vieillesse à l'épreuve des canicules
À Lyon, la vieillesse à l'épreuve des canicules / Photo: Martin LELIEVRE - AFP/Archives

Chez Claudine à Lyon, la canicule aura encore le dernier mot. Car dès 14H30, lorsque le soleil cogne trop fort à ses fenêtres, "le ventilateur ne peut plus rien", se résigne l'octogénaire.

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Autrefois, "l'été était une période de l'année que j'adorais", raconte à l'AFP avec nostalgie cette femme de 85 ans. Mais cette époque est dorénavant révolue.

Claudine Heitzmann loge dans un grand studio bien ordonné à deux pas des quais du Rhône, au 4ème étage d'une résidence municipale intergénérationnelle où cohabitent personnes âgées autonomes et étudiants.

Un appartement lumineux doté d'un petit balcon, orienté plein sud.

S'il est agréable en hiver ou à l'intersaison quand les températures sont douces, il devient rapidement "invivable" dès que les degrés s'affolent, déplore Claudine.

"Comme on a du triple vitrage, j'ai l'impression de vivre sous vide", ironise-t-elle.

Le bâtiment, pourtant récent, "n'a pas du tout été pensé pour la chaleur, alors que ça fait 30 ans que les scientifiques alertent sur le changement climatique".

Cette semaine, le mercure a chatouillé les 38°C dans la capitale des Gaules tandis que la France traverse son cinquième épisode caniculaire de l'année. Ressenti "sans interruption" pour Claudine.

Dehors, celui planté au pied de son kumquat en affiche dix de plus.

Elle se barricade alors derrière ses rideaux occultants.

"Il faut qu'on fasse avec", assure-t-elle. "Soit on passe sa vie à pleurer, se dire que +gnagnagna, il fait trop chaud+, soit on s'adapte."

- Vivre "au ralenti" -

Canicule après canicule, Claudine a appris à composer avec la chaleur.

Le matin, elle se lève aux aurores pour "profiter de la fraîcheur", s'il y en a. Puis son emploi du temps est minuté: coup de ménage, balade de santé et saut au supermarché du quartier "pour avoir tout bouclé à 10H00".

À cette heure-ci, on étouffe déjà dans les couloirs de la résidence que la nuit n'a pas su rafraîchir. Le murmure des télévisions s'échappe des appartements dont les portes sont laissées grand ouvertes pour aspirer les rares courants d'air.

Des films anti UV ont pourtant été récemment apposés sur les baies vitrées de ces corridors, permettant d'y perdre en moyenne 5°C, note Catherine Caulet, directrice adjointe de l'établissement, situé dans le 2ème arrondissement de Lyon.

Dans sa robe de coton blanche, les cheveux nacrés caressés par le souffle d'un ventilateur dernier cri, Claudine, ancienne kinésithérapeute appréciant d'ordinaire arpenter les parcs ou se rendre au Pilates, explique vivre ces temps-ci "au ralenti".

Pour s'occuper, elle tricote, lit... Elle s'est également mise au coloriage de mandalas. "Ça aussi, ça ne donne pas chaud !"

Mais tout cela ne suffit pas. Alors chaque après-midi, l'octogénaire prend ses petites affaires et descend au rez-de-chaussée de la résidence.

En période de canicule, le salon partagé y est climatisé 7j/7 et 24h/24. On s'y réfugie pour papoter, jouer aux cartes ou faire une sieste, loin de la chaleur qui a investi les étages.

Au 6ème sous les toits, il fait parfois 35°C chez Guy Petitjean, 73 ans, qui envisage d'acquérir l'an prochain une petite climatisation en complément de ses deux brumisateurs. "Il va falloir y passer car ça va être de pire en pire..."

- "Raplapla" -

Il arrive même que les plus fragiles, comme Michèle Hytte, résidente à la silhouette frêle de 93 ans, passent des nuits sur les fauteuils de l'espace climatisé. Une première depuis l'inauguration de la résidence Georges Rinck, selon la direction.

Dans le studio de Michèle aussi, les heures chaudes sont éprouvantes. Quant à savoir combien il y fait au plus fort de la journée, "vous savez mon p'tit, je ne veux même plus regarder", répond-elle. "C'est ce que je ressens qui est important."

Radio Classique en fond sonore, elle décrit une "grande fatigue" couplée à des "bouffées de chaleur" quotidiennes, qu'elle tente d'apaiser en se passant de l'eau sur le corps.

"Je me sens raplapla", résume cette ancienne infirmière. Autour d'elle, des visages familiers sur les cadres photo parviennent toutefois à la faire sourire.

Le moral de Victoria Houlli, 89 ans, est également "un peu à plat". Le simple fait d'arranger son lit le matin la fait suer à grosses gouttes. Elle doit faire des pauses, se désaltérer souvent.

"De l'eau gazeuse salée, car quand on transpire on élimine du sel", appuie-t-elle, s'excusant d'avoir parfois des difficultés à parler en raison d'un AVC survenu il y a quelques mois.

Et ses nuits ne sont pas de tout repos: impossible de laisser le ventilateur allumé. S'appuyant sur son déambulateur, elle actionne le vieil appareil qui se met à vrombir comme une mobylette. "Et pourtant je suis sourde !", lance-t-elle.

Elle raconte s'endormir l'éventail dans la main.

Il lui tarde de voir le mercure redescendre. Entre voisins, "on ne parle que de la chaleur, et ça me saoule", glisse-t-elle.

Victoria est née en 1936. "J'ai vécu la guerre, j'ai appris à ne pas me plaindre."

C.Grillo--PV

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