Pallade Veneta - Le dérapage contrôlé dans les dunes, une passion saoudienne

Le dérapage contrôlé dans les dunes, une passion saoudienne


Le dérapage contrôlé dans les dunes, une passion saoudienne
Le dérapage contrôlé dans les dunes, une passion saoudienne / Photo: Fayez Nureldine - AFP

Casque vissé sur la tête, Abdelilah al-Rabea maîtrise un dérapage contrôlé à bord de son 4x4 rugissant, soulevant un épais nuage de sable sous les yeux de centaines de passionnés rassemblés au cœur des dunes d'Arabie saoudite.

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Jusqu'à la fin avril, lorsque le désert devient praticable, ils sont des centaines à affluer vers Zoulfi, à plus de 200 kilomètres au nord-ouest de la capitale Ryad, où pilotes chevronnés et amateurs conduisent des véhicules superpuissants à travers des dunes abruptes, en quête d'adrénaline.

"Ce sport est populaire en Arabie saoudite et dans les pays du Golfe, car nous avons ces dunes", explique M. Rabea, cadre du secteur privé.

"C'est un sport qui procure une véritable montée d'adrénaline, ajoute-t-il, en précisant "qu'il faut fournir un effort considérable" pour atteindre le haut des dunes, avec le risque pour les débutants de faire un tonneau ou surtout de s'enliser.

"On parcourt des distances importantes" pour cet évènement, confirme Abdallah al-Amar, venu avec son fils pour observer les dérapages.

En Arabie saoudite, premier pays exportateur de pétrole du monde, le litre d'essence coûte à peine 2,33 rials le litre (0,57 euro), moins qu'un paquet de pain de mie, et la voiture est reine.

- Epreuves extrêmes -

"Les véhicules que vous voyez ici sont spécialement équipés" pour ces épreuves extrêmes, poursuit M. Rabea alors que des bolides s'élancent sur une dune haute d'une centaine de mètres.

Près des centaines de 4x4 et de pick-ups alignés à perte de vue, un public quasi exclusivement masculin assiste au spectacle, assis sur des tapis, buvant du thé et du café.

L'ambiance est électrique : les moteurs rugissent au milieu de cette mer de dunes, les spectateurs acclament les pilotes, et d'immenses nuages ocres s'élèvent à chaque soudaine accélération.

Au-delà du sport en lui-même, c'est la préparation et l'aspect mécanique qui passionnent les adeptes.

"On attend ce moment toute l'année. On prépare le moteur, la voiture, chaque détail… pour ce moment de l'année où les conditions sont enfin réunies", explique M. Rabea.

Au pied des dunes, des véhicules modifiés aux pneus surdimensionnés et aux moteurs surpuissants attendent leur tour, tandis que leurs pilotes, concentrés, ajustent les derniers réglages avant de défier la gravité dans une montée vertigineuse.

Pour beaucoup de pilotes, la passion pour le désert et le franchissement de dunes commence dès l'enfance.

- Montée d'adrénaline -

"J'ai commencé vers 15 ou 16 ans", raconte Badr al-Ghamas, 33 ans, originaire d'al-Qassim. "Pour certains, le sport c'est le football ou la natation. Pour nous, c'est le franchissement de dunes".

La pratique n'est pas sans dangers. "Il y a un moment, un accident a eu lieu car la voiture n'était pas entièrement équipée en dispositifs de protection", raconte Ahmed al-Roumi, un pilote expérimenté. "Heureusement, tout s'est bien terminé".

Au-delà du simple loisir, le franchissement de dunes et le dérapage contrôlé s'inscrivent dans une culture plus large de la performance automobile en Arabie saoudite.

Dans son livre "Joyriding in Riyadh" ("Royaume d'asphalte: jeunesse en révolte à Ryad"), publié en 2014, le chercheur Pascal Ménoret voyait dans cette quête de puissance et de vitesse une volonté d'affirmer des valeurs perçues par ses adeptes comme masculines.

De ces montées d'adrénaline, le sable garde des traces sombres, stigmates des gaz et des huiles que les bolides laissent derrières eux.

Abdallah al-Amar ne voit pas de contradiction entre son amour des dunes et cette brutalisation d'une nature vierge: "J'ai grandi dans une ferme, et j'ai toujours aimé les dunes, maintenant j'amène mon fils, il partage la même passion", affirme-t-il alors que les spectateurs commencent à ranger leurs tapis sous un soleil déclinant.

L.Guglielmino--PV

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