Pallade Veneta - L'ultra-marathon "des camarades", symbole d'espoir en Afrique du Sud

L'ultra-marathon "des camarades", symbole d'espoir en Afrique du Sud


L'ultra-marathon "des camarades", symbole d'espoir en Afrique du Sud
L'ultra-marathon "des camarades", symbole d'espoir en Afrique du Sud / Photo: Siyamazi Khathola - AFP

Mokgele Ramathe se lève avant l'aube pour conduire un bus scolaire. Quand il a déposé les enfants, il se déshabille, tel Superman, pour révéler sa tenue de sport en-dessous: Il prépare la Course des Camarades, défi infernal pourtant incroyablement populaire en Afrique du Sud.

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Ces 90 km à parcourir en moins de douze heures dans les collines verdoyantes du pays zoulou (est) donnent encore des frissons à beaucoup de Sud-Africains noirs qui, comme lui, en ont longtemps été exclus sous l'apartheid.

Sourire jovial et courte barbichette, "Roro", 42 ans, fixe sa montre et part en petite foulée dans une rue commerçante de Soweto, sous le regard ahuri de "mamas" en peignoirs et de jeunes hommes poings enfoncés dans les poches.

Dans cet environnement désolé de petites maisons en brique, linge qui sèche et antennes paraboliques, il bluffe tout le monde: Pour la deuxième année d'affilée il relève ce défi titanesque. "C'est un truc de malade", répète-t-il.

Les passants goguenards "se foutaient de moi", dit-il, avant de le voir à la télé sa médaille au cou.

Lui est fier de démontrer qu'il ne faut ni argent ni équipement spécifique pour rallier la ligne d'arrivée, "c'est juste une affaire de discipline".

- "Chair de poule" -

La course, un symbole depuis qu'elle a été remportée par un homme noir sous l'apartheid, offrant au pays entier l'espoir brûlant d'en finir avec la domination de la minorité blanche, conserve une aura et une saveur particulières. "J'en ai la chair de poule", souffle "Roro", dans ses nouveaux habits de superhéros.

Ses journées sont chronométrées: Tournée scolaire, puis 5km de course, douche, ouverture de son salon de coiffure, son deuxième métier, nouvelle tournée en bus pour récupérer les enfants, deuxième course de cinq ou dix kilomètres. Les entraînements longs, 30 à 50 km, il les garde pour le week-end.

Les "camarades" s'élanceront dimanche à 5h30 à Pietermaritzburg (sud-est), vers le port de Durban.

Quelque 17.920 coureurs sont qualifiés, en grande majorité des Sud-Africains de tous les milieux. Ils ont au moins vingt ans et doivent avoir déjà couru un marathon classique en moins de 4h50. L'an dernier 84% des participants en sont arrivés au bout.

Cet ultra-marathon, créé en 1921 pour rendre hommage aux combattants sud-africains tués pendant la Première guerre mondiale et célébrer la force "de l'esprit humain face à l'adversité", se court en moyenne sur plus de dix heures. Il faut la terminer en moins de douze pour être classé.

Noirs et femmes ont pu s’inscrire pour la première fois en 1975, soit une quinzaine d'années avant la fin des lois ségrégationnistes. A l'époque, l'Afrique du Sud est interdite de jeux Olympiques et autres compétitions internationales, il s'agit de changer son image dans le monde.

- "Jamais s'avouer vaincu" -

Beaucoup de Sud-Africains noirs, sidérés de voir à la télévision ou d'entendre à la radio que des coureurs leur ressemblant défient des Blancs, se prennent à rêver et saisissent leur chance.

Le cheminot Sam Tshabalala entre dans l'histoire et l'imaginaire sud-africain en devenant, en 1989, dans les derniers soubresauts de l'apartheid, le premier Noir vainqueur des Camarades.

"C'était une avancée considérable, il a montré que c'était possible", raconte à l'AFP Bruce Fordyce, athlète blanc qui l'a remportée neuf fois.

"Au départ, c'était une toute petite course, réservée exclusivement aux hommes blancs", rappelle le champion. Cette année, les dix premiers coureurs masculins seront "probablement tous noirs".

"Il faut du cran, de la détermination et beaucoup d'entraînement. Et l'attitude de ne jamais s'avouer vaincu", conseille-t-il.

Le départ est plus émouvant pour ce Sud-Africain que n'importe quelle autre course. Après l'hymne national on chante le "shosholoza", mélodie adoptée par la lutte contre l'apartheid qui signifie "aller de l'avant" et "met tout le monde dans l'ambiance".

Franchir la ligne d'arrivée c'est être "changé à jamais et savoir que désormais, si quelque chose vaut la peine d'être entrepris, on le réussira". Une façon de montrer, aux autres comme à soi même, qu'on a repris le dessus.

B.Fortunato--PV

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