Pallade Veneta - Le spekboom sud-africain, plante grasse piège à carbone

Le spekboom sud-africain, plante grasse piège à carbone


Le spekboom sud-africain, plante grasse piège à carbone
Le spekboom sud-africain, plante grasse piège à carbone / Photo: GIANLUIGI GUERCIA - AFP

Dévalant une route montagneuse défoncée dans sa camionnette tout-terrain, Andre Britz s'arrête au pied d'une colline.

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"Ici, on peut voir la différence entre la terre dégradée et un terrain de spekboom vierge", s'enthousiasme-t-il, pointant du doigt les tons contrastés de part et d'autre d'une clôture.

Seuls quelques buissons épars parsèment la terre brune et poussiéreuse, tandis que le sommet est recouvert d'arbustes verts aux petites feuilles rondes et grasses: le "spekboom" (Portulacaria afra), succulente endémique de l'Afrique du Sud, réputée pour sa capacité d'absorption de dioxyde de carbone (CO2).

La plante dominait autrefois ces contrées semi-arides dans la région du Petit Karoo (sud), s'étendant très largement vers l'est du pays.

Mais des décennies de "surpâturage et de mauvaise gestion des terres" ont abîmé des pans immenses de végétation, soupire Andre Britz.

Il y a dix ans, cet agriculteur de 62 ans au fort accent afrikaans a fondé l'organisation Jobs4Carbon, dédiée à la réhabilitation du maquis naturel en replantant le spekboom, pour "obtenir un impact sur le changement climatique".

À quelques mètres en contrebas, une vingtaine d'ouvriers labourent le sol caillouteux à coups de pelles et de pioches, déposant dans chaque trou une branche de spekboom.

Une longue sécheresse a dévasté la région, de 2015 à 2020, et depuis, beaucoup de fermiers ont cessé toute activité d'élevage. Les collines sont désormais vides.

- Plante "miracle" -

Sur un terrain adjacent, autour d'un petit spekboom planté il y a deux ans, des pousses émergent de la terre sèche.

Au total, Jobs4Carbon a déjà replanté près de 700 hectares. "Ça fait revivre la nature", sourit le chef d'équipe Jan Cloete, 49 ans.

Replanté dans son environnement naturel, un écosystème semi-aride appelé "maquis subtropical", le spekboom "peut être considéré comme une plante miracle”, explique le botaniste Alastair Potts, 41 ans.

Elle recrée "un environnement de forêt miniature" et un "tapis de feuilles" qui "retiennent l'eau, la poussière et les nutriments".

Mais surtout, la succulente est un puits à carbone, grâce à sa rare faculté d'osciller entre deux types de photosynthèse.

En période de sécheresse ou de forte chaleur, elle stocke le dioxyde de carbone la nuit sous forme d'acide malique.

La plante ferme alors ses pores, appelés stomates, pendant la journée pour minimiser la perte d'eau et utilise ce stock pour réaliser sa photosynthèse.

Sa capacité de séquestration est ainsi décuplée: une étude de 2006 menée sur une ferme replantée avec du spekboom a montré qu'un hectare séquestrait en moyenne 4 tonnes de CO2 par an, mais d'autres estimations vont jusqu’à plus de 15 tonnes annuelles par hectare.

- Crédits carbone -

"La dégradation des sols est une source majeure de carbone", souligne le scientifique. Pour financer leur réhabilitation grâce au spekboom, tous les regards se portent sur le marché des crédits carbone, achetés par des entreprises pour compenser leurs émissions de gaz à effet de serre.

Les scientifiques doivent encore établir définitivement combien de CO2 est séquestré par la petite succulente.

Mais, contrairement à de nombreux projets de plantation d'arbres, critiqués notamment pour les risques de monoculture dans des écosystèmes inadaptés, le spekboom est "idéal", selon Alastair Potts, puisqu'il "rétablit le fonctionnement de l'écosystème grâce au carbone".

Andre Britz espère un jour pouvoir aussi financer ses équipes grâce aux crédits carbone.

L'objectif pour la région a été fixé à 13.000 hectares mais pourrait être bien plus ambitieux à l'échelle du pays, dit-il, jonglant avec les demandes de financement auprès de fondations internationales ou d'entreprises privées.

Son organisation replante du spekboom gratuitement si, en contrepartie, les propriétaires s'engagent à laisser les terrains en friche pendant au moins quinze ans.

Dans la cour de l'église de son village, 15.000 petits plants sont prêts à rejoindre le sol aride qui lui rappelle le dicton répété par son grand-père: "Prends soin de ta terre et elle prendra soin de toi".

F.Amato--PV

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