Pallade Veneta - Les codes journalistiques détournés par la désinformation sur l'élection américaine

Les codes journalistiques détournés par la désinformation sur l'élection américaine


Les codes journalistiques détournés par la désinformation sur l'élection américaine
Les codes journalistiques détournés par la désinformation sur l'élection américaine / Photo: KAMIL KRZACZYNSKI, Rebecca NOBLE - AFP/Archives

A quelques semaines d'une élection présidentielle américaine qui s'annonce extrêmement serrée, les réseaux sociaux regorgent de fausses informations qui sont de plus en plus présentées de manière trompeuse sous des codes journalistiques.

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"Alerte info: (la chaîne de télévision) Univision a accidentellement diffusé la preuve que Kamala (Harris) a utilisé un prompteur" lors d'une séance de questions-réponses avec des électeurs, a publié le 10 octobre sur X l'influenceur conservateur Benny Johnson.

Une affirmation démentie par la chaîne, qui a assuré qu'un prompteur avait été brièvement utilisé par les présentateurs mais pas par la candidate. Pour autant, la publication, qui reprend les codes de la presse, a rapidement gagné en visibilité et été vue par plus de 14,9 millions d'internautes.

De même, d'autres comptes ont récemment relayé l'"info" selon laquelle les autorités du Texas autorisaient les personnes ne possédant pas la nationalité américaine à voter, ce qui est faux.

Les auteurs de fausses informations "utilisent couramment des termes comme +alerte info+ dans une tentative évidente de donner une légitimité" à leurs propos, pointe Sam Howard de NewsGuard, organisme de lutte contre la désinformation.

L'emploi abusif de cette terminologie, généralement utilisée par les médias pour relayer des informations importantes, "a joué un rôle évident dans la manière avec laquelle des faux récits politiques américains se sont répandus en 2024", analyse M. Howard auprès de l'AFP.

L'organisation News Literacy Project, qui fournit des ressources pour combattre la désinformation, dit ainsi avoir comptabilisé 72 exemples de publications présentant de fausses informations sur l'élection et reprenant l'étiquette "alerte info" ou encore "exclusif", un autre terme communément utilisé par la presse.

- Confiance dans les médias -

Des "charlatans - dont beaucoup prétendent faire du journalisme citoyen - récupèrent le jargon journalistique pour diffuser des spéculations sans fondement ou des informations fabriquées", regrette Dan Evon, du News Literacy Project.

Cette tendance met à la fois à mal la modération des réseaux sociaux, qui ont assoupli pour la plupart leurs garde-fous en la matière, et la confiance des citoyens dans les médias traditionnels, soulignent les experts en désinformation.

Le niveau de confiance dans les institutions médiatiques a d'ailleurs atteint un niveau historiquement bas, selon un sondage Gallup publié en octobre.

Seuls 31% des Américains déclarent avoir "très" ou "plutôt" confiance dans les médias traditionnels, contre 36% assurant n'avoir "aucune confiance" dans ces sources d'information.

Cette confiance en berne est encore davantage malmenée par d'autres tendances, notamment la prolifération de faux sites d'information largement alimentés par des outils d'intelligence artificielle.

Des chercheurs, dont Newsguard, disent avoir ainsi identifié ces derniers mois des centaines de faux sites relayant de la désinformation sur l'élection présidentielle américaine et imitant ceux bien réels de journaux locaux.

Autre tendance inquiétante: des publications attribuent de manière erronée sur les réseaux sociaux de fausses informations à des médias sérieux et crédibles.

Des personnalités conservatrices ont ainsi partagé en octobre une capture d'écran donnant à voir un faux titre d'article attribué au magazine The Atlantic et suggérant que Kamala Harris pourrait avoir besoin de "voler" l'élection pour sauver la démocratie.

Face à ce détournement des codes journalistiques, les experts appellent à la prudence. "N'oubliez pas de vérifier vos sources", enjoint Dan Evon, qui appelle également à "laisser le temps aux informations crédibles", qui prennent plus de temps à être établies, d'apparaître sur les réseaux sociaux.

T.Galgano--PV

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