IA: Mistral lève 3 milliards d'euros pour se maintenir en course
L'entreprise française d'intelligence artificielle (IA) Mistral est désormais valorisée à plus de 21 milliards d'euros, après une nouvelle levée de fonds de 3 milliards réalisée notamment auprès du géant coréen Samsung pour doper son infrastructure et ses travaux de recherche.
"Cette levée nous donne les moyens d'aller plus vite dans la recherche, les produits et l'infrastructure", a déclaré mardi son patron Arthur Mensch dans un communiqué.
Ce financement, qui lui permet de pratiquement doubler sa valorisation totale, donne à la jeune pousse française l'élan pour continuer à exister dans une course mondiale à l'IA de plus en plus concurrentielle et coûteuse.
Samsung, qui était déjà présent au capital de Mistral, a mené ce nouveau tour de table aux côtés des fonds Scaleup Europe, lancé par la Commission européenne, et PSG Equity.
"Mistral démontre sa capacité à nouer des partenariats stratégiques avec les plus grands acteurs industriels pour hisser l'Europe parmi les grandes puissances mondiales de l'IA", s'est réjoui le président français Emmanuel Macron sur X.
L'annonce intervient en marge de la visite d'Etat en France du président sud-coréen Lee Jae Myung, reçu mardi par Macron. Le dirigeant français avait rencontré le patron de Samsung lors de son déplacement à Séoul au printemps.
Le groupe coréen et Mistral ont ainsi fait état d'un partenariat stratégique, sans donner de détails.
Dans le même temps, l'opération permet à Samsung de bénéficier des avancées du champion français et d'intensifier son empreinte sur le marché européen, pour cet expert.
Si Mistral devient l'entreprise d'IA d'Europe continentale la mieux financée et valorisée, ses moyens restent modestes par rapport à ceux des géants américains du secteur.
OpenAI, créateur de ChatGPT, a levé en mars dernier le montant record de 110 milliards de dollars et Anthropic, à l'origine de Claude, se prépare à une introduction en Bourse qui pourrait dépasser celle de SpaceX.
Ces deux sociétés ont aussi dévoilé des modèles d'IA si puissants que leurs versions grand public nécessitent d'être bridées au vu des risques de sécurité.
- "Efficience" -
"Nous sommes plutôt un mélange entre Palantir (spécialiste américain de l'analyse de données, NDLR) et Anthropic", précise auprès de l'AFP Johan Bergqvist, directeur financier de Mistral.
"Nous avons constaté que nous pouvons concevoir des modèles avec une meilleure efficience économique que nos concurrents et donc nos besoins en capital ne sont pas aussi vastes", poursuit-il.
L'entreprise, qui compte plus de 1.000 employés, est sur la bonne voie pour atteindre son objectif d'un milliard d'euros de revenus annualisés, c'est-à-dire extrapolés à partir des revenus récents, selon M. Bergqvist.
Son pari ? Mettre en avant l'argument de la souveraineté technologique pour répondre aux inquiétudes des Etats et entreprises européens, de plus en plus conscients de leur dépendance technologique à l'Amérique et à la Chine.
Mistral a ainsi noué un partenariat, non exclusif, avec l'Etat français pour déployer l'IA dans la fonction publique et les ministères, notamment en cybersécurité.
Elle collabore aussi avec le constructeur automobile allemand BMW, l'avionneur européen Airbus ou encore l'armateur français CMA CGM, pour appliquer les technologies d'IA aux processus industriels.
- Expansion internationale -
L'architecture ouverte de ses modèles "permet aux organisations de développer leur IA sans exposer à des tiers leurs données les plus sensibles, leurs processus métier ni leur savoir-faire", souligne l'entreprise dans un communiqué.
Mistral a par ailleurs investi 4 milliards d'euros dans des centres de données en France et en Europe afin de développer sa propre capacité de calcul et offrir une alternative aux géants américains du cloud.
Cette nouvelle levée de fonds devrait aider la start-up à accomplir son souhait d'opérer 1 GW de capacité de calcul d'ici 2030.
Elle a toutefois signé un contrat de plusieurs milliards de dollars avec Microsoft, qui va utiliser ses centres de données, ce qui met à mal la rhétorique de "souveraineté" de l'entreprise française.
Les fonds doivent accélérer son expansion en Europe, mais aussi en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique du Nord, "où nous constatons une forte demande", a détaillé Johan Bergqvist.
Les fondateurs de Mistral "contrôlent toujours l'entreprise", a par ailleurs précisé Johan Bergqvist, et le capital reste majoritairement européen, le groupe néerlandais ASML ayant remis au pot.
E.M.Filippelli--PV