Pallade Veneta - Mondial-2022: neutre en carbone ou "aberration écologique", un bilan climatique en question

Mondial-2022: neutre en carbone ou "aberration écologique", un bilan climatique en question


Mondial-2022: neutre en carbone ou "aberration écologique", un bilan climatique en question
Mondial-2022: neutre en carbone ou "aberration écologique", un bilan climatique en question / Photo: STRINGER - AFP

Ses organisateurs promettent d'en faire un tournoi neutre en carbone mais la Coupe du monde de football au Qatar, qualifiée d'"aberration écologique" par ses détracteurs, s'annonce beaucoup plus nocive pour le climat que prévu.

Taille du texte:

"Nous sommes engagés à assurer une Coupe du monde de football totalement neutre en carbone. Nous y arriverons en mesurant, réduisant et compensant toutes les émissions de gaz à effet de serre associées au tournoi", a promis Hassan Al-Thawadi, le secrétaire général du Comité d'organisation du Mondial.

Cet engagement peine pourtant à convaincre et des personnalités ont annoncé vouloir boycotter la Coupe du monde en raison de son bilan écologique et humain. L'ancienne star de Manchester United Eric Cantona a dénoncé une "aberration écologique, avec tous ces stades climatisés" ainsi qu'une "horreur humaine", tandis que plusieurs grandes villes françaises ont renoncé à installer des écrans géants pour diffuser les matchs.

La promesse de neutralité carbone est "de la poudre aux yeux", juge Julien Jreissati, directeur de programme pour Greenpeace au Moyen-Orient. Ce "n'est pas une réponse à l'urgence climatique et peut être considéré comme du greenwashing/sportswashing", selon lui.

"Cette publicité autour de la neutralité carbone est trompeuse et n'est pas fidèle à l’impact climatique réel que l'événement va avoir", abonde Gilles Dufrasne, auteur d'un rapport sur le sujet pour l'ONG basée en Belgique Carbon Market Watch.

Selon un rapport commandé par la Fifa, la compétition devrait générer 3,6 millions de tonnes équivalent CO2, contre 2,1 millions lors de la précédente édition en Russie, en 2018. La vaste majorité (95%) provient d'émissions indirectes, liées essentiellement au transport, à la construction des infrastructures et au logement.

Mais ce bilan des émissions est incomplet, juge Carbon Market Watch, qui estime que l'empreinte carbone de la construction des stades pourrait avoir été sous-estimée d'un facteur huit: il faudrait comptabiliser 1,6 million de tonnes de CO2 et non 0,2 million.

Une différence majeure qui reflète un choix méthodologique: le Qatar juge en effet que les stades seront utilisés après la Coupe du monde, et donc que leur impact sur l'environnement n'est pas attribuable au seul événement, tandis que Carbon Market Watch pense l'inverse. La pleine utilisation des stades après 2022 dans un pays de 2,4 millions d'habitants est sujette à caution, estime l'ONG.

Hôte de la Coupe d'Asie de football à l'été 2023, le Qatar, lui, annonce qu'un stade sera entièrement démonté et que les sept autres seront partiellement dédiés à d'autres usages pour le grand public, écoles, bureaux, hôtels etc.

- "Enorme erreur" -

La climatisation des stades, souvent retenue comme symbole de gâchis énergétique et environnemental, ne pèse pourtant pas lourd dans le bilan. "C'est relativement minime comparé aux émissions totales de la construction des stades ou aux émissions totales du transport aérien", confirme Gilles Dufrasne.

Compte tenu de l'impact climatique de la construction des infrastructures, certains observateurs pensent qu'un pays mieux équipé aurait dû être choisi.

"Une énorme erreur a été commise en décembre 2010 au moment de l'attribution de la Coupe du monde face à un pays (les Etats-Unis, NDLR) qui avait toutes les infrastructures", estime Gilles Paché, spécialiste de logistique et professeur à l'université d'Aix-Marseille.

"On partait avec le Qatar sur rien, ex nihilo. On partait sur un événement de taille mondiale fondé sur du sable", ajoute-t-il, alors que "les Etats-Unis étaient vraiment bien équipés" en stades et en hôtels.

Pour atteindre la neutralité, les organisateurs promettent aussi que les émissions du tournoi seront intégralement compensées: ils vont acheter des crédits carbone, correspondant en théorie à une réduction des émissions équivalente à celles du Mondial, réalisées par des tierces parties (par exemple avec des projets d'énergie renouvelable en Turquie).

"La compensation carbone crée une diversion, car elle véhicule l'illusion qu'une solution qui ne nécessiterait pas d'efforts de réduction d'émissions de gaz à effet de serre impliquant des décisions politiques ambitieuses est possible", critique Julien Jreissati. "Nous devons réduire les émissions à la source le plus rapidement possible", estime-t-il.

Pour les prochaines Coupes du monde, Gilles Dufrasne propose une "réflexion systémique" plutôt que de chercher à verdir l'événement à la marge: "réfléchir à la fréquence" ou par exemple "répartir les matches à travers le monde pour jouer dans un stade qui est le plus proche pour les deux équipes qui s’affrontent".

O.Mucciarone--PV

En vedette

Le conseil de surveillance de Meta demande de ne pas remplacer le fact-checking par les notes de contexte

Le conseil de surveillance de Meta a appelé le groupe à ne pas abandonner le fact-checking au profit des notes de contexte, alors que le géant américain commence à tester ce système dans 16 pays d'Amérique latine, une évolution qui soulève des inquiétudes sur l'avenir de la lutte contre la désinformation.

Du Yémen à la Centrafrique, l'IA d'Anthropic prisée pour surveillance, propagande ou armement

Campagne anti-France en Centrafrique ou guidage de missiles au Yémen, l'intelligence artificielle (IA) est très prisée des acteurs de la désinformation, de la surveillance massive, voire pour mettre au point des armes, un phénomène mis en lumière par Anthropic.

"Impossible de lancer le ballon": quand la tête parasite le mouvement

"Par peur de mal faire, je retenais mon ballon, jusqu'à ne plus le lancer correctement": il y a 10 ans, le volleyeur français Jean Patry, pris dans l'engrenage mental qui frappe de nombreux sportifs de haut niveau, perd son geste au service, pourtant réalisé des milliers de fois.

Des astronautes dans l’espace: l'industrie européenne pose les premières briques

L'Europe pourra-t-elle envoyer ses propres astronautes dans l'espace dans dix ans? Au sommet spatial de Paris les premiers jalons industriels de cette ambition ont été posés avec la capsule cargo Nyx et Ariane 6, appelées à évoluer vers le vol habité.

Taille du texte: