Pallade Veneta - Au procès de trois femmes jihadistes, les premiers regrets de la nièce des frères Clain

Au procès de trois femmes jihadistes, les premiers regrets de la nièce des frères Clain


Au procès de trois femmes jihadistes, les premiers regrets de la nièce des frères Clain
Au procès de trois femmes jihadistes, les premiers regrets de la nièce des frères Clain / Photo: DELIL SOULEIMAN - AFP/Archives

"Je regrette": Jennyfer Clain, nièce des frères Clain qui avaient revendiqué les attentats du 13-Novembre, a fait preuve de contrition, lundi, devant la cour d'assises spéciale qui la juge avec deux autres accusées pour avoir appartenu au groupe Etat islamique (EI) en Syrie.

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"Je ne suis pas là pour nier les faits qui me sont reprochés. J'ai adhéré à ce groupe terroriste, tueur. Je suis coupable. Je regrette tellement, mais je ne peux pas revenir en arrière", a déclaré dès l'entame des débats la jeune femme de 34 ans.

Son patronyme renvoie à celui de ses oncles, Jean-Michel et Fabien Clain, deux responsables de la propagande de l'EI présumés morts en Syrie, voix de la revendication des attentats du 13-Novembre. Ils avaient été condamnés en leur absence en 2022 à Paris à la perpétuité incompressible.

A ses côtés dans le box des accusés, la belle-mère de la jeune femme, Christine Allain, 67 ans, qui oscille entre clins d'œil, grands sourires et regard perdu, recroquevillée sur elle-même lorsque la présidente de la cour d'assises spéciale rappelle faits et charges.

Son autre bru, Mayalen Duhart, est la seule des trois accusées qui comparaît libre, précisant qu'elle est désormais "salariée en boulangerie".

Elle encourt, comme sa belle-mère et belle-sœur par alliance, trente ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste.

Les trois s'étaient rendues en Syrie en 2014.

 

Devant ses juges, celle qui a gardé l'allure d'une grande adolescente a raconté une enfance en vase clos, marquée par un islam radical omniprésent.

"Aujourd'hui, le fait que j'aie des enfants qui ont l'âge que j'avais à ce moment-là me montre que c'était pas mon choix, par exemple, de porter le voile à 10 ans", convient celle qui se dit toujours musulmane mais qui "rejette le communautarisme".

Volubile et souriante, Jennyfer Clain assure encore être "partie à Daech de (son) propre fait" et a "besoin aujourd'hui d'être libérée de tout ça".

Mais, ajoute-t-elle, "sans Daech, je serais encore dans cette idéologie sectaire. Je regrette, bien sûr, mais c'est ce qui a fait que je suis la personne que je suis aujourd'hui".

- "Travail sur elle-même" -

A Raqqa, elle avait également retrouvé sa belle-mère, Christine Allain, une ancienne éducatrice spécialisée initiée à l'islam quelques années plus tôt par son fils aîné, Thomas Collange.

Ce dernier avait également entraîné dans sa nouvelle foi sa compagne, Mayalen Duhart, d'abord rencontrée à l'adolescence dans son Pays basque natal, puis retrouvée à la faculté de Toulouse, où il avait fait la connaissance de Fabien Clain.

"Très rapidement, il m'annonce que je dois me convertir. Moi, je n'arrivais pas à faire ma vie sans lui", raconte-t-elle à la barre.

A partir de 2004, le couple Duhart-Collange s'était rendu à plusieurs reprises en Syrie, avant de s'y installer définitivement en 2014, trois ans après le début de la guerre dans ce pays.

Christine Allain, Jennyfer Clain et Mayalen Duhart avaient été expulsées de Turquie et mises en examen à leur arrivée en France en septembre 2019, accompagnées de neuf enfants de 3 à 13 ans. Elles avaient été arrêtées deux mois plus tôt dans la province turque de Kilis, frontalière avec la Syrie.

L'interpellation mettait fin à deux années d'itinérance après la chute de Raqqa, lorsqu'elles avaient suivi le groupe Etat islamique le long du fleuve Euphrate, au gré de la perte des territoires du fait des offensives kurdes.

Kevin Gonot et Thomas Collange avaient été arrêtés lors de cette retraite. Le premier avait été condamné à mort en Irak en 2019, peine commuée en détention perpétuelle.

"C'est bien en toute connaissance de cause" que la belle-mère et ses deux brus ont fait le choix, "après l'instauration du califat, de rejoindre l'EI en Syrie", elles et leurs familles bénéficiant de salaires ou de logements fournis par l'organisation, avaient souligné les juges d'instruction au terme de leur enquête.

"Christine Allain est désormais apaisée, elle a beaucoup travaillé sur elle-même, elle a rencontré beaucoup de professionnels en détention pour envisager la réinsertion sociale", a souligné auprès de l'AFP son avocat, Me Edouard Delattre. "Elle déteste la personne qu'elle était devenue", a-t-il ajouté.

Jennyfer Clain et Mayalen Duhart sont également poursuivies pour avoir emmené volontairement leurs enfants "dans une zone en guerre pour y rejoindre un groupe terroriste".

Le procès doit se tenir jusqu'au 26 septembre.

R.Lagomarsino--PV

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