Pallade Veneta - Un an après, l'Europe peine à appliquer l'électrochoc prescrit par Mario Draghi

Un an après, l'Europe peine à appliquer l'électrochoc prescrit par Mario Draghi


Un an après, l'Europe peine à appliquer l'électrochoc prescrit par Mario Draghi
Un an après, l'Europe peine à appliquer l'électrochoc prescrit par Mario Draghi / Photo: NICOLAS TUCAT - AFP

"Notre modèle de croissance s'érode, nos vulnérabilités s'accroissent, le financement des investissements requis n'est pas clairement tracé".

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Un an après la remise d'un rapport choc qui mettait en garde contre le "décrochage" économique du Vieux continent face aux Etats-Unis et à la Chine, Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, a exhorté mardi l'Europe à sortir de sa "lenteur" et mener des réformes pour redresser sa compétitivité.

Invité par la Commission européenne à dresser un premier bilan, douze après la remise de ses préconisations, l'économiste italien et ancien président de la Banque centrale européenne n'a pas mâché ses mots.

Tout en saluant la détermination à agir de la Commission, qui avait endossé son diagnostic et a lancé depuis de multiples initiatives inspirées de ses recommandations, le professeur Draghi a jugé que "les entreprises et les citoyens (...) sont déçus par la lenteur de l'Europe, et son incapacité à aller aussi vite" que les Etats-Unis ou la Chine.

"L'inaction menace non seulement notre compétitivité, mais également notre souveraineté", a-t-il prévenu, regrettant que "les gouvernements n'aient pas conscience de la gravité de la situation".

- Progrès "mitigés" -

Selon les calculs du centre de réflexion bruxellois EPIC, seulement 11% des 383 recommandations faites par M. Draghi dans son rapport sur "l'avenir de la compétitivité européenne" ont été mises en oeuvre totalement, et environ 20% de manière partielle.

Les économistes de Deutsche Bank Marion Muehlberger et Ursula Walther jugent également dans une note que "les progrès dans l'ensemble sont mitigés", avec des "réformes substantielles" mises en oeuvre ou engagées, mais sans qu'il y ait de quoi bouleverser la donne à ce stade.

Parmi les principales avancées, la relance de l'industrie de défense.

L'urgence de réarmer l'Europe face à la menace russe a poussé les 27 à se lancer dans un effort de réindustrialisation collectif, avec une agilité remarquée. La semaine dernière, la Commission a ainsi annoncé avoir alloué 150 milliards d'euros de prêts à 19 pays, dans le cadre d'un ensemble de mesures visant à mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros.

L'Europe s'est également dotée d'une plateforme commune pour sécuriser ses approvisionnements en matières premières "critiques", et a multiplié les initiatives dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Autant de réalisations mises en avant par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui, en recevant Mario Draghi, a reconnu la nécessité d'aller plus vite pour redresser la barre.

- "Sentiment d'urgence" -

Elle a assuré que la commission "maintiendra sans relâche le cap jusqu‘à ce que tout soit accompli", et à enjoint les autres institutions européennes à se joindre au mouvement, en particulier le Parlement, qui n'a toujours pas adopté une série de lois de simplification réglementaire dites "Omnibus".

"Nous avons besoin d’une action urgente pour faire face à des besoins urgents, car nos entreprises et nos travailleurs ne peuvent plus attendre", a-t-elle exhorté.

Selon Deutsche Bank, ces mesures de simplifications pourraient faire économiser de l'ordre de 9 milliards d'euros par an aux entreprises européennes.

La cheffe de l'exécutif européen appelle aussi à mettre en oeuvre "avec un sentiment d'urgence" le parachèvement du marché unique, un vaste projet consistant à lever d'ici 2028 de multiples barrières internes qui continuent de freiner l'activité économique dans de nombreux secteurs.

D'après le Fonds monétaire international, ces entraves représentent l'équivalent de 45% de droits de douane sur les biens, et de 110% sur les services.

Pour Simone Tagliapietra, expert à l'institut Bruegel, "le message de M. Draghi est très clair: soit l'Europe change de modèle économique, soit elle est condamnée à périr". Et cela s'adresse en priorité aux Etats membres, là où réside selon lui le principal obstacle aux réformes.

D.Bruno--PV

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