Pallade Veneta - Sous les bombardements israéliens à Gaza-ville, la mort ou le difficile exode

Sous les bombardements israéliens à Gaza-ville, la mort ou le difficile exode


Sous les bombardements israéliens à Gaza-ville, la mort ou le difficile exode
Sous les bombardements israéliens à Gaza-ville, la mort ou le difficile exode / Photo: Eyad BABA - AFP

Le directeur de l'hôpital al-Chifa de Gaza-ville, Mohammed Abou Salmiya, était de garde samedi aux urgences quand sont arrivés les corps de son frère et de sa belle-soeur, tués par une frappe israélienne.

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"Je suis choqué et dévasté de voir les corps de mon frère et de sa femme", témoigne le médecin. "Tout est possible à présent, car vous recevez vos proches tués ou blessés. Les crimes de l'occupation (Israël, ndlr) se poursuivent et le nombre de martyrs ne cesse d'augmenter".

L'hôpital al-Chifa, le plus grand de la bande de Gaza et l'un des rares encore opérationnels dans le territoire palestinien, accueille quotidiennement morts et blessés depuis le début de la guerre déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

 

Tôt samedi, une ambulance déboule dans l'enceinte de l'hôpital, sirènes hurlantes. A peine quatre corps, enveloppés dans des linceuls blancs, sont-ils déposés sous un arbre à même la terre, qu'une autre ambulance arrive avec des blessés, dont un jeune garçon.

"La mort est plus clémente", soupire Mohammed Nassar, 38 ans, un habitant du quartier Tel al-Hawa, en regardant un flot continu d'habitants quitter la zone pour échapper aux bombardements.

Selon l'armée israélienne, 480.000 personnes ont fui le secteur depuis fin août, 450.000 selon la Défense civile de Gaza, une organisation de premiers secours opérant sous l'autorité du Hamas.

Emportant leurs maigres affaires sur des camions, dans des voitures, sur des charrettes tirées par des ânes ou sur les épaules, des milliers de Palestiniens prennent chaque jour la route vers le sud.

- "Pas d'argent" -

Epuisé, Mohammed Nassar dit n'avoir ni la force ni les moyens suffisants pour fuir. "Pour ma femme, mes trois filles et moi, nous attendrons jusqu'au dernier moment. Je n'ai pas l'argent pour partir", confie-t-il.

La Défense civile a fait état samedi d'au moins 11 morts dans des frappes sur Gaza-ville. L'armée israélienne n'a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaire de l'AFP.

Compte tenu des restrictions imposées aux médias à Gaza et des difficultés d'accès sur le terrain, l'AFP n'est pas en mesure de vérifier de manière indépendante les informations des différentes parties.

L'armée israélienne "veut déplacer de force tout le monde afin de détruire Gaza-ville et d'en faire une autre Beit Hanoun ou Rafah, invivable pour les cent prochaines années", lance Nassar, évoquant d'autres secteurs du territoire transformés en ruines depuis le début du conflit il y a près de deux ans.

Malgré les appels au départ et les bombardements, de nombreuses familles refusent ou ne peuvent pas partir. Le trajet coûte cher pour certains, d'autres ne savent pas où aller.

Plusieurs habitants ayant fui Gaza-ville racontent avoir mis plus de douze heures pour atteindre les zones du sud indiquées par l'armée israélienne. Et le prix des transports a flambé: des propriétaires de camions demandent désormais entre 1.500 et 2.000 dollars pour effectuer le trajet, selon des témoignages recueillis par l'AFP.

"Nous voulons évacuer mais nous n'avons pas d'argent", dit à l'AFP Raeda al-Amareen, réveillée avant l'aube par le bruit des explosions.

"Nous n'avons même pas 10 shekels pour acheter du pain. Que pouvons-nous faire? On restera — soit on meurt, soit quelqu'un trouve une solution pour nous."

L'armée a exhorté la population à se rendre dans ce qu'elle qualifie de "zone humanitaire" à Al-Mawasi, sur le littoral sud, où, assure-t-elle, l'aide, les soins et les infrastructures humanitaires seraient fournis.

Mais la zone, initialement présentée comme sûre, a elle aussi été visée à plusieurs reprises par des frappes, selon des témoins et des sources locales, ce qui alimente la méfiance des Gazaouis.

R.Lagomarsino--PV

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